| L’ENFER
DU DEVOIR
Le Spermcube de Philippe Meste
par
Mihnea Mircan, traduction Emily King
Ceci
est un exercice d’ajustement, une tentative pour libérer
l’espace mental nécessaire aux légions d’idées
et régiments de fantômes qui rôdent et manœuvrent
à l’intérieur comme à l’extérieur
du Spermcube de Philippe Meste ; il s’agit de parler du monstre,
de proposer une représentation du cube qui annonce, en même
tant qu’elle élude, son immensité féroce. La
tonne de sperme congelé qui sera exposée comme un cube minimaliste,
associée à l’entreprise néo-libérale
soutenant sa réalisation (dans laquelle s’investissent artiste,
donneurs et actionnaires), est un sérieux candidat au livre des
records Guinness en matière de subversion dans l’art contemporain.
Le projet Spermcube ne se contente pas de « déplacer »,
il déracine ; brouille les pistes, exagère, attaque dans
toutes les directions. Il incarne un Stakhanovisme de secrets et de sécrétions,
d’obscénités et de rétractations, hyperboles
de violence et anonymat écrasant. Il est réellement universel,
évoque le monde avec force, ou bien, est la plus grande synecdoque
du monde. Il compose avec le déraisonnable, l’impossible
et le réalisable.
Ecrire à propos du Spermcube requiert quelque modestie, tout au
moins celle-ci doit être mentionnée comme une nécessité.
Mis en danger devant la densité hystérique du cube, le texte
parviendra-t-il à engager la masse critique de la pièce
ou sera-t-il invalidé par sa taille et sa difficulté, et
par conséquent, réduit à un verbiage psychanalytique
dans lequel chaque énoncé sera un acte manqué ? Le
texte cherchera–t-il à apprivoiser le cube, jusqu’à
se passer de l’événement et transplanter la figure
en terrain familier, contextualisant le cube jusqu’à ce qu’il
en devienne presque attendu et non équivoque ?Hormis un texte conscient
de ses limites et de sa possible inadéquation, quelles réactions
le projet de Philippe Meste pourrait-il susciter? Un cri, voire la stupeur
: Un cri, parce que la question de la voix est invoquée par le
cube, articulée entre ses substrats corporels et politiques en
tant que manifestation d’une présence qui ne laisse pas de
traces. La stupeur, parce que le cube blanc de Meste épuise et
infirme l’aptitude au dénombrement et à la mesure.
L’échelle de mesure est, d’une certaine manière,
le médium et le sujet de la pièce. Toutes les possibilités
de vie niées s’assemblent dans la plénitude sans coutures
du cube – qui ne déborde pas, ne dégorge pas, n’est
pas à demi vide. Contenant, contenu, signifiant et signifié,
s’ajustent les uns aux autres, engendrent ensemble la plus extrême
confusion, la seule certitude restant le fait que rien n’est ici
perdu. La quantité, fixe et énorme, est en ce sens l’inverse
de la substance stockée, de nature anomique. La correspondance
physique entre la boîte et son contenu est fondée sur leur
antinomie, une disparité que j’appréhende dans un
sens radicalement politique. Le mètre cube de sperme est un exercice
de précision qui exacerbe la mesure : Les calculs de Meste produisent
le sublime mathématique, la mesure relève alors du désespoir
et de l’utopie, plutôt que de l’exactitude. Le cube
est plus grand que tout.
Le Spermcube contient toutes les possibilités de vie, toutes les
figures possibles réunies les unes sur les autres dans une agglomération
déconcertante, sans historiques personnels, ou avec leur propre
entrelacement chaotique comme possible background, une machine célibataire
bio politiquement incorrecte génératrice d’anonymat,
de vie indifférenciée et impuissante. Par sa politique d’usage
et les valeurs qu’elle convoie, l’entreprise Spermcube de
Meste est le négatif d’une banque de sperme, pour la raison
évidente qu’il ne s’agit pas de préserver l’individualité
; les débris d’individualités flottent parmi une mer
de configurations ADN, leurs singularités perdues et leur valeur
d’usage annulée. Nous pourrions nous demander ce qui arrive
au milliard d’empreintes génétiques séquestrées
dans la boîte, si elles divergent et demeurent des entités
distinctes, mutent en autre chose, ou bien se rejoignent pour produire
l’être parfait, un ogre affreux, l’Autre, ou encore
l’indescriptible John Doe.
Pour la première fois Philippe Meste n’est pas résolument
engagé dans la dépense et le gâchis, n’orchestre
pas d’explosions. Les projets regroupés sur son site Internet
www.g-a-s-m.org développent une esthétique du combat et
opèrent comme un lexique de la violence et de la contestation :
armes à feu, sexe, action et argent, vol, tirs d’armes, protestation,
éjaculation… Avec le Spermcube, Philippe Meste opte cette
fois pour l’accumulation et la conservation –il agit à
l’intérieur de la boite, et pour la première fois
également, tente de faire de l’art sans être seul.
Bien sûr, le Spermcube est jusqu’à un certain point
l’impétueuse seconde pensée à la série
des ‘Aquarelles’, bien qu’un lien avec la performance
du boxeur démolissant une voiture au marteau, épuisé,
impitoyable, semblerait plus pertinent. Toutefois le projet qui s’apparente
le plus au Spermcube, par son jeu sur les échelles, sur les perturbations
des relations entre individu et collectivité, petitesse et grandeur,
entre le tout et les forces centrifuges qui le tourmentent, serait ‘L’attaque
du Port de Toulon’, 1993. Meste attaqua un pavillon de la marine
française, un imposant porte-avion, à l’aide d’un
lance-missile artisanal mis au point dans son atelier. L’attaque
fut sans conséquence mais monumentale, et je suggère qu’un
effort pour repenser ou réinventer le monument du XXIe siècle
est au cœur des pratiques de l’artiste (L’œuvre
posthume qu’il a prévu naît de la même logique,
et se pose en rupture avec la tradition française du « gisant
» : « Ci réagit Philippe Meste »). La performance
de Toulon réactiva le spectre de la guerre au beau milieu de la
paix méditerranéenne, paix qui repose sur les strates de
conflits lointains ou récents - donc une paix à généalogie
martiale - et aujourd’hui traversée de tensions sociales,
d’invisibles mais non moins brutales frontières, d’histoires
tragiques d’immigration.Tout cela entra en résonance quand
le missile heurta le navire : une légère perturbation certes,
mais peut-être un écho des choses à venir. L’arsenal
de destruction étant déjà présent en abondance,
qui s’accumule encore, indépendamment de nécessités
stratégiques comme de l’échelle de la planète
qu’il est conçu pour annihiler, cela ne prendra peut-être
qu’une minute de déplacement, une gâchette comme Meste
pour enclencher la marche dévastatrice.
Le monument du XXIe siècle, semble dire Philippe Meste, a quelque
chose à voir avec la confrontation injuste, la désobéissance
et le parjure, la perversion des logiques d’unité et de totalité,
la falsification ou la corruption des règles de l’action.
Le monument advient en choisissant une bataille avec un adversaire trop
grand et trop puissant. Répondre à la question du monument
contemporain nécessite de l’extraire brutalement de la tradition
: Le monument d’aujourd’hui devra proférer une autre
épiphanie, engager un autre type de mémoire, redéfinir
la communauté qui le regarde et se reconnaît en lui, appeler
un autre sens du temps. Meste oeuvre pour le monument à travers
le médium qu’est l’action, utilisant la sculpture comme
camouflage, au sens militaire. Le camouflage, l’idée de la
sculpture comme action dissimulée ou comme résidu de l’action,
rendent compte de la position relativement singulière de Meste
sur un marché artistique par ailleurs foisonnant en démonstrations
de transgression. Meste rejoint néanmoins les artistes qui ont
une préférence pour la logique du conflit et les difficultés
insurmontables, une prédilection pour les combats qu’ils
ne peuvent gagner, mais qui forcent néanmoins inévitablement
des aveux, voire une retraite, fusse-t-elle infinitésimale, de
la part l’adversaire. Pour en revenir au monument, si le Spermcube
en est un, il le devient en complexifiant l’allégorie plutôt
qu’en la libérant, en l’empêtrant dans les filets
sales et embarrassants de la matérialité. Son idéologie
est insaisissable, sinon bipolaire, sans doutes parce que le XXIe siècle
ne peut accepter qu’un monument qui soit parfaitement ambiguë,
ou bien un monument à l’ambivalence. Ainsi le Spermcube peut
s’appréhender comme l’incarnation d’une égalité
composée de corps, d’impulsions et d’abandons. Il pourrait
aussi monumentaliser l’échec politique des idéaux
communautaires et émancipateurs. Un monument à la recherche
d’un sens, qui le sécrète par sa présence,
ou bien un monument en l’hommage de sa propre mélancolie.
Un monument autour duquel aucun ange ne vole, monument à l’indifférencié,
au vulnérable, au massifié, à l’épuisé,
ou au contraire, représentation d’un réseau infiniment
complexe de transferts et de communications, d’une nouvelle dynamique
de cohésion sociale, d’un nouveau mécanisme d’action
et de ripostes, qui pour l’instant défie notre entendement
et se fait fi de notre conception historique.Nous pourrions être
ici face à l’image d’une humanité standard,
monotone, vulnérable et soumise. La lecture inverse est toujours
possible : le cube encapsule des relations stratégiques, asymétriques
et instables, une panoplie d’actions cumulées qui cristallisent
et se reconfigurent, un jeu tactique entre des libertés, laissant
entrevoir furtivement des subjectivités bâtardes, qui se
construisent en opposition au biopouvoir.
Les interprétations du Spermcube devront permettre à leur
sujet de proliférer, car la pièce de Philippe Meste est
plurielle, furieusement. Se demander ce qu’il y a dans la boîte
revient à passer un dangereux test de Rorshach en 3D. Voici dans
le désordre une liste des projections interprétatives possibles
: Libido universelle en mouvement, engloutissante sexualité polymorphe
dénuée d’organes, apocalypse du désir quand
tout le désire du monde mute en désolation, accrétion
stérile des connections qui font ce monde, suspension saturée
de pure connectivité, lourd impasto décrivant un monde dans
lequel, chaque fois que nous nous touchons, nous nous contaminons vers
l’uniformité, anti-climax d’une fresque historique
ou dénouement prématuré de l’histoire de nos
espoirs, possessions et désastres privés, Annonciation de
la globalisation, image post-moderne du futur comme accumulation de même
et non bouleversement, temps emplissant l’espace, explosion de théâtralité,
présence charnelle que le minimalisme n’a pas pu évacuer
ou processus douloureusement compliqué par lequel un objet renonce
à son aura, accessoire archimédien pour tenter d’inverser
le cours des événements, ou simplement ode épique
à l’éventualité. Le Spermcube s’identifie
à un monde dont tous les plis sont examinés et contrôlés
par une caméra de surveillance, en même temps qu’il
en contient le mouvement complémentaire : l’empressement
de nos sociétés contemporaines à divulguer l’intimité,
à la rendre visible. A moins que le Spermcube ne soit un gigantesque
agent pacificateur du capitalisme avancé, une machine pour domestiquer
la vie, la réguler ; peut être décrit-il alors le
sujet collectif idéal, celui dont le monde est régulé
par la guerre à la terreur et les grèves préventives,
une réserve soumise de soldats aux corps inaptes, prêts à
l’emploi militaire. A moins que dans la boîte ne soit l’homo
sacer d’Agamben, une agglomération d’identités
hors normes, que l’on pourra sacrifier à tout instant, un
Guantanamo Bay mondial ? Ou bien, le cube de Meste n’est que la
conséquence démesurée de l’insécurité
masculine devant la prolifération incontrôlable, la crainte
de l’exposition et de la perte. Toutes ces interprétations
sont possibles, elles sont en fait mélangées et agrégées.
Dans ce désordre vorace de connexions produites, de liens qui traversent
des domaines théoriquement distincts, le Spermcube convoque un
corpus entier de travaux qui traitent de la sexualité comme dépassant
largement le cadre du sexe, mais aussi le héros oublié des
parallèles abusifs et des frénétiques faux-pas scientifiques
: William Reich. Le Spermcube de Meste rappelle l’accumulateur d’orgone
de Reich, construit selon un croisement provocateur de psychologie, d’astrophysique
et de sociologie. En tant qu’artiste, Meste peut se permettre de
travailler l’indistinction; les calculs de William Reich en revanche,
ses machines, ses livres, ne suscitèrent que mauvaise réputation,
accusations d’imposture, emprisonnement, laissant à sa suite
un cortège de disciples désorientés. Reich envisageait
l’orgone comme la tension sexuelle imprégnant et unifiant
tous les êtres vivants, comme l’énergie à l’origine
de phénomènes aussi divers que la couleur du ciel ou l’échec
des révolutions politiques. Il essaya de la capturer dans ses accumulateurs
avec pour objectif de guérir la disjonction établie entre
orgasme d’une part, névrose et politique d’autre part.
Mais le Spermcube n’est pas une machine de Sexpol et Philippe Meste
ne vise certainement pas à réhabiliter les théories
de Reich ; ce mode particulier de pensée- un modernisme «
à la Reich », usant d’analogies théoriques mal
conduites ou d’extrapolations sauvages, insensible aux distinctions,
frontières et prescriptions de clarté – Philippe Meste
le traduit en action artistique.
Les donneurs du Spermcube participent à l’entreprise pour
diverses raisons. Quelles qu’elles soient, il me semble qu’avec
ce projet Meste lance son propre appel aux armes, incorpore ses réservistes.
Il y a une relation entre la sculpture - née d’une solidarité
en vertu de laquelle aucun motif n’est fourni - et l’entreprise
financière montée dans le même temps. Sculpture comme
site Internet dépendent de la participation active de communautés
fantomatiques, anonymes, interrogeant du même coup leurs structures,
les identités et la nature des échanges qui les composent.
Le cube de Meste use des mêmes tactiques et politiques que les blogs,
les clubs de sexe et les guérillas - communautés affranchies
des normes réglementaires, modes d’être ensemble qui
résistent au contrôle, réécrivent les relations
au sein d’un groupe et celles avec l’extérieur selon
des règles connues d’eux seuls. Il n’est pas évident
de dire si le Spermcube est un monument pour ou contre le néo-libéralisme,
pourtant il en utilise les outils. De même, les terroristes se fondent
dans la masse, s’infiltrent et se parent des atours de la normalité
en territoire ennemi, font exploser leurs bombes en plein cœur du
système. Pour l’instant, Meste semble avoir créé
une entreprise à vocation secrète, entreprise dédiée
à l’économie et la politique de la libido.
Le monument de Meste est en soi un appel aux armes: une injonction, un
appel à une action qui viserait à transformer la situation,
reconnaître le conflit latent et inverser la donne. La sculpture
apparaît comme une action composée de, et diffractant à
nouveau en, milliards de contre-attaques et actes contre-indiqués.
Exposer, plutôt que procréer, s’oppose ici à
l’uniformité paramétrée de la vie quotidienne
et à la biométrie de la normalité. Philippe Meste
place un pari sur un immense et invisible conflit entre l’administration
de la vie et les ripostes possibles contre le biopouvoir, en recul des
manœuvres grâce auxquelles se maintient d’ordinaire la
paix civile. Il construit une paranoïaque machine à calculer
la minute et l’infini, prête à inséminer le
monde de ses significations déviantes. Il y a tellement de déréglementation
au sein du cube que celui-ci suggère un état de guerre,
l’énergie potentielle de la guerre, voire sa cinématique.
Pendant ce temps, le monde connaît une paix relative, ponctuée
d’exceptions, inquiète de la guerre et prête à
tout pour la prévenir. Avec l’attaque de Toulon et le Spermcube,
Philippe Meste ouvre un territoire au désaccord grandissant et
au secret, multipliant les sièges et les embuscades.
Hier,
les juges du Dakota du Sud, Etats-Unis, sont revenus sur la décision
prise en 1973 dans l’affaire Roe vs. Wade: L’avortement sera
puni par une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à
cinq ans.
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| RULES
OF ENGAGEMENT.
(A hero should never stand alone)
Philippe Meste’s ‘Spermcube’
by Mihnea Mircan
This
is an exercise in adjustment, an attempt to make mental room for the legions
of ideas and regiments of ghosts that lurk and maneuver inside and outside
Philippe Meste’s ‘Spermcube’, to speak of the monster,
therefore to propose a representation that anticipates but eludes the
ferocious vastness of the cube. A ton of sperm, that will be displayed
like a frozen Minimalist cube, and the attending enterprise – composed
of artist, donors and shareholders –, that makes neo-liberal sense
of Philippe Meste’s ongoing project, is a serious Guinness Book
record candidate as far as subversion in contemporary art goes. It uproots
instead of just displacing, it exaggerates, confuses things and attacks
in all directions. It embodies a Stakhanovism of secrets and secretions,
obscenity and retreats, overstatements of violence and overwhelming anonymity.
It is truly universal, it convincingly suggests the world or is perhaps
the world’s largest synecdoche. It plays between the impossible,
the unreasonable and the feasible.
Trying to write about the ‘Spermcube’, the tropes of critical
modesty must be deployed, or at least mentioned as a necessity. Will the
text, threatened by the hysterical massiveness of the cube, manage to
engage the critical mass of the piece or be invalidated by its size and
difficulty, reduced to the reiteration of an acte manqué? Will
it try to tame the cube, to dispense with the event and find grounds for
the figure, contextualizing it until it seems almost unavoidable and essentially
unproblematic? What other reactions could Philippe Meste’s project
could activate, beside a text that must admit its limitations and potential
inadequacy? A shout or perhaps plain numbness: a shout, because the question
of voice is invoked by the cube, articulated between the bodily and the
political as a manifestation of presence that leaves no traces; stupor,
because Meste’s white cube exhausts and nullifies the capacity of
counting and measuring. Scale is, to a certain extent, medium and subject
of the piece. The cube is seamlessly filled with all the denied possibilities
of life – it does not overflow, nor is it half-empty. Container,
contained, signifier and signified match each other while engendering
the utmost confusion, with the sole certainty being that nothing is lost
or in surplus. The quantity, fixed and enormous, is in this sense the
absolute opposite of the substance stored and its anomic nature –
the physical correspondence between box and contents is built on a disparity
that I tend to consider in a radically political sense. The cubic meter
of sperm is an exercise in precision that exacerbates measurement: Meste’s
calculations produce the mathematical sublime and measurement has here
something to do with despair and utopia, rather than exactitude. This
cube is bigger than anything else.
The ‘Spermcube’ contains all the possibilities of life, all
possible figures in distressing agglomeration, one on top of the other,
without a background, or with their own interlacing and gesticulation
as background, a biopolitically incorrect machine celibataire that generates
anonymity, undifferentiated and powerless life. By the politics of use
and value it practices, Meste’s enterprise is the absolute opposite
of a sperm bank, for the obvious reason that it is not concerned with
preserving individuality; instead it lets the jetsam of individuality
float on a sea of DNA configurations, their particularity lost and their
use value annulled. We could wonder what might be happening to the billion
DNA imprints trapped in the box, whether they diverge and carry on as
separate entities, mutate into something else or join to produce either
the perfect being, a horrid ogre, the Other or the non-descript John Doe.
For the first time, Philippe Meste is not resolutely dealing in expenditure
and waste, not orchestrating explosions. The projects gathered on his
website www.g-a-s-m.org articulate an aesthetics of combat and work like
a lexicon of violence and contestation: guns, sex, action and money, shooting,
stealing, protesting, ejaculating. With the ‘Spermcube’, Philippe
Meste shifts to accumulation and conservation – he acts inside the
box and, again for the first time, attempts to make art without being
alone. Of course the ‘Spermcube’ is to a certain extent the
rash afterthought of the ‘Aquarelle’ series, but a more useful
connection might be the performance in which a boxer tears down a car
with a hammer, exhausted and relentless. While the similar project in
the play upon scale, in entwining or rather messing up the relations between
smallness and bigness, totality and the centrifugal drives harassing it
is ‘L’attaque du Port de Toulon’, 1993. Meste attacked
the flagship of the French navy, an imposing plane carrier, with a small
missile launcher crafted in the studio. The attack was inconsequential
but monumental, and I would argue that an effort to rethink or reinvent
the monumental for the 21st century lies at the core of the artist’s
practice. (The posthumous piece he has planned draws on the same logic
and breaks decisively with the French tradition of the gisant: ‘Ci-reagit
Philippe Meste’.) The Port de Toulon piece activated the specter
of war in the peace of the Mediterranean, a peace that rests upon the
layers of distant or recent conflicts – therefore a peace with a
martial genealogy –, today traversed by social tensions, invisible
but no less brutal borders and tragic histories of immigration. All these
resonated when the missile hit the ship: a small perturbation, perhaps
an echo of things to come. The arsenal of destruction is abundantly around,
it keeps accumulating and has possibly lost any relation to strategic
necessity or the scale of the planet it is designed to annihilate, so
it might only take a minute displacement, a trigger like Meste’s,
to set into devastating motion.
The monumental for the 21st century, Philippe Meste seems to say, has
something to do with unfair confrontation, with disobedience and perjury,
with perverting the logic of unit and totality, with corrupting or falsifying
continuously rules of action. The monumental is activated by picking a
fight with an adversary that is too big and too powerful. Any provisional
answer to the question of the contemporary monument would have to cut
it from tradition: today’s monument would certainly have to proffer
another epiphany, celebrate a radically different kind of victory, engage
another type of memory, a different sense of the community looking at
it and recognizing itself in it, a different sense of time. Meste argues
for the monumental in the medium of action, with sculpture as camouflage,
in the military sense. The question of camouflage and the idea of sculpture
as action dissimulated or as residue of action account for Meste’s
relatively singular artistic position on a market full of transgressive
displays. Nonetheless he joins other artists who have a preference for
confrontational logic and insuperable difficulty, a predilection for conflicts
they cannot win, yet conflicts that unavoidably force an acknowledgement,
a retreat, even if infinitesimal, in the adversary. Coming back to the
question of the monument, if the ‘Spermcube’ is one, then
it becomes one by complicating the allegory instead of setting it free,
by enmeshing it in dirty, embarrassing materiality. Its ideology is elusive,
if not bi-polar, as the 21st century might only accept a perfectly ambiguous
monument, or a monument to ambivalence. Because the ‘Spermcube’
might be construed to incarnate a kind of equality composed of bodies,
impulses and abandons. Or it could monumentalize the political failure
of communitarian and emancipatory ideals. A monument looking for a meaning,
secreting it by its presence, or a monument to its own melancholic size.
A monument by which no angels fly, to the undifferentiated, massified,
exhausted, or, on the contrary, the image of an infinitely complex network
of transfers and communication, a new dynamic of social cohesion, a new
mechanism of action and counteraction that, for now, defies our grasp
and flouts our historical understanding. There could be the image of standard
humanity, monotonous, vulnerable and compliant, but the reverse reading
is always possible: the cube encapsulates strategic relations, asymmetric
and unstable, sets of actions upon actions that crystallize and reconfigure,
tactical games between liberties, furtively outlining illegitimate subjectivities
that construct themselves in opposition to biopolitical control.
Interpretations of the ‘Spermcube’ must allow their subject
to proliferate, as Philippe Meste’s piece is plural, furiously so.
The question of what is in the box does indeed sound like taking a dangerous
3D Rorschach test. Here is a random list of interpretive possibilities:
universal libido in motion, all-engulfing, polymorphous sexuality without
organs, apocalypse of desire, where all the longing in the world mutates
into desolation, sterile accretion of the connections that make the world,
a heavy impasto describing a world where we all touch and contaminate
each other towards uniformity, the anticlimax in a grand historical narrative
or maybe just a premature denouement in a story about our hopes, possessions
and private disasters, an Annunciation of globalism, a despondently post-modern
image of the future as accumulation of the same and not disruption, of
time filling up space, an explosion of the theatricality, of the bodily
presence that Minimalism could not evacuate or the agonizingly intricate
process through which an object renounces its aura, an Archimedean prop
or prosthetic to revert the course of things, or maybe just an epic ode
to contingency. The ‘Spermcube’ resembles a world whose every
fold is examined and controlled by a surveillance camera, as well as the
complementary movement: the formidable drive, with which contemporary
society seems possessed, to divulging intimacy, to make it visible. Or
maybe the ‘Spermcube’ is a giant pacifier for late capitalism,
a machine for taming life, maybe it describes the ideal collective subject
of a world regulated by the war on terror and preemptive strikes, a submissive
mass of soldiers with inapt bodies, ready for military use. Or is Agamben’s
homo sacer in the box, an agglomeration of identities outside the norm,
that can be sacrificed at any point, a global Guantanamo Bay? Or maybe
Meste’s cube is no more than the oversized consequence of masculine
insecurity in uncontrollable multiplication, of fear of exposure and loss.
All these things are possible, they are in fact confused and collapsed.
In its inordinate, voracious production of connections that cut across
theoretically distinct domains, the ‘Spermcube’ invokes an
entire school of thinking that treats sexuality as something far beyond
sex, but also a forgotten hero of misguided parallels and frenzied scientific
faux-pas, William Reich. Meste’s ‘Spermcube’ might look
like Reich’s ‘orgone accumulator’, built on defiant
crisscrossing between psychology, astrophysics and sociology. While Meste
as an artist can afford to work on indistinction, William Reich’s
calculations, contraptions and books brought disrepute, accusations of
imposture, imprisonment, and a league of disoriented followers. He viewed
‘orgone’ as the sexual tension permeating and uniting all
living things, the energy responsible for such disparate things as the
color of the sky and the failure of political revolutions. He tried to
harness it in accumulators, with the purpose of healing the world of the
learned, cultural disjunction between orgasm, neurosis and politics. The
‘Spermcube’ is not a Sexpol machine and Philippe Meste does
not try to rehabilitate Reich, but translates that particular mode of
thinking – a brand of modernism that resorts to abusive analogy
or wild extrapolation, insensitive to distinctions, borders and clarity
– into artistic action.
Donors to the ‘Spermcube’ might be participating in the project
for a variety of reasons, but to me it sounds like Philippe Meste is launching
his own call to arms, drafting an army. There is a relationship between
the sculpture, created through a solidarity for which no reasons are given,
and the financial enterprise set up in the process. Sculpture, website
and company depend on secret, ghost communities, asking how these are
structured, what identities and exchanges they are composed of. Meste’s
cube draws on the matching politics and tactics that reunite weblogs,
sex clubs and guerillas – all deregulated communities, forms of
coming together in ways that resist control, that re-write relationships
within a group and its relation to the outside world. It is not immediately
evident whether the ‘Spermcube’ is a monument for or against
neo-liberalism, yet it makes full use of its tools. Just like terrorists,
who manage to blend in, to infiltrate and camouflage themselves in the
casual normality of enemy territory, to detonate their bombs at the heart
of the system. For the time being, Philippe Meste seems to have established
an enterprise of undisclosed purpose, a company for libidinal economy
and politics.
What Meste’s monument enunciates is the call to arms itself: an
injunction, a call to action that seeks to transform the situation, to
acknowledge a latent state of conflict and reverse the odds. The sculpture
comes about as an action composed of and diffracting back into a billion
counter-actions, or acts of counter-usage. To exhibit, instead of procreating,
opposes here the calculated uniformity of daily life and the biometrics
of normality. Philippe Meste places an unlikely bet in a grand, invisible
conflict between the administration of life and biopolitical counter-maneuvers,
recoiling from the maneuvers upon which forms of civil pacificity rely.
He builds a paranoiac machine for the calculation of the minute and the
infinite, ready to inseminate the world with its devious meanings. There
is so much deregulation inside the cube that it suggests a state of war,
its potential energy if not its kinematics. Meanwhile the world is at
relative peace, a peace that is punctuated by exceptions, that speaks
about war and is capable of anything for its prevention. With the Toulon
attack and the ‘Spermcube’, Philippe Meste opens a territory
of growing dissent and secrecy, multiplying sieges and snares.
Yesterday
the judges of South Dakota, U.S.A., have reversed the 1973 decision in
the case of Roe vs. Wade. Abortion will be punished with imprisonment
of up to five years.
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